« J’écris depuis plus de trente ans, voici quelques extraits de mes nombreuses créations en attendant la parution future de mon prochain roman… »


Extrait de « Johnny Hollywood » (2018)

« Chapitre 1 : La mort

La dépouille de l’idole encore fraîche à peine mise en terre, je me disais et maintenant qu’est-ce que je vais faire ? (…)

Je respire. Je rejette en arrière ma crinière blonde décolorée, je réajuste mon cuir noir et je jette la mécanique de mes jambes en avant sur cette plage de Saint Barth. Je suis parti avec le cortège depuis La Madeleine, mais seul. Il y a de cela maintenant bien longtemps…

Hier à peine, j’avais encore… Mais revenons au présent si tu le veux bien, au début ! Je m’appelle Johnny Hollywood, je suis sosie de Johnny depuis que j’ai vu Podium avec François Bernard. Quand ma belle-mère est morte la même nuit que l’idole, ça a été trop pour moi. J’ai pris ma valise, mon costume en daim à frange, (ma guitare) et je suis parti. Je me sentais un peu comme dans la peau de Mike Brown le soir quand il compte les balles. J’adorais ma belle-mère ! Elle me rappelait ma mère, c’était l’amour personnifiée. On était déjà en décembre et il se remettait à neiger. (…)

Au début des années soixante dans la France cadenassée du Général De Gaulle, Y’avait un loup dans la bergerie, un homme-poney né pour parcourir les campagnes et dépuceler les pucelles ! 

(…)

Depuis, moi je traverse les contrées et sur les quais désertés des gares où soufflent un vent mauvais, je surveille souvent si une fille aux cheveux clairs attend au bout du quai. C’était l’été. C’était la fin du jour, j’avais beaucoup voyagé et j’avais des cendres dans la bouche. Elle n’attendait rien ni personne et je suis descendu. Elle m’a fait visiter sa ville et les champs de blé… Et je crois bien l’avoir aimé la première nuit.

Tout le champ des possibles s’en était allé avec la mort de l’idole. Mon job (sosie), ma vie, le sens de ma vie… Tout ça avait disparu. Bel et bien enfoui, oublié au tréfond de moi même, comme si je n’avais jamais rien vécu de tout cela et que ce n’était qu’une simple histoire. 

(…)

Chapitre 2 : Le voyage

Je suis donc parti ce samedi 7 décembre 2017 depuis la Madeleine jusqu’à la Concorde à pied. Les champs Élysées et j’ai été englouti par la ville sous l’arc de triomphe, sous le tombeau du soldat inconnu, comme par un pied de nez du destin, moi qui jouait au soldat le plus connu de France ! Ensuite les organes du métro et de la ville m’ont digéré et m’ont recraché depuis une gare jusqu’au Havre. Là je pensais trouver un cargo qui m’emmènerait de l’autre côté de l’Atlantique. De là bas il me serait plus facile, me semblait t’il, de me rapprocher des Caraïbes et de la tombe du chanteur. (…) »


Extrait du Calendhaiiku de Juillet 2017
(…)

4 juillet

Les signes tangibles
de l’été et de la lune
grossissante

5 juillet

(2) bottes de paille
roulent dans un jardin perdu
Où s’enfuient-elles ?

6 juillet

Les nuits de juillet
racontent une histoire
douce et suave


Extrait du Calendhaiiku de Septembre 2016

1er septembre

Et j’entends au loin
l’écho des chiens qui hurlent
dans la campagne

2 septembre

Cette odeur sur les bateaux
c’est toujours la même
la même partout

3 septembre

Une tâche laiteuse
dans le ciel de septembre
Soleil diaphane

4 septembre

Un rapace au vol lourd courbe l’espace au-dessus de moi


Extrait de « Le journal journalistique » (2014)

Dimanche 4 mai 2014 – Le Totem

« (…) Comme j’avais bu beaucoup trop de café et que j’étais très énervé, j’ai décidé d’aller marcher dans la nuit. Il faisait froid, le ciel était couvert et une brume épaisse enrobait les sommets. Je suis parti vers le haut. J’ai marché au hasard dans les champs. Au fur et à mesure, les nuages dans ma tête s’estompaient. J’ai croisé un blaireau dans une ravine. J’ai surpris des cerfs, et j’ai senti leur galop résonner dans le sol et dans mes entrailles. Finalement j’ai marché plusieurs heures vers les cimes et au détour du lacet d’un chemin forestier je suis tombé sur mon Totem. Un immense pylône en fer pour les lignes à très haute tension. Il était là, émergeant dans la brume, dos à la montagne, me regardant les bras écartés, les jambes plantées dans le sol et éructant des petits « fschhh fschhh » électriques. Je me suis mis face à lui, je l’ai regardé, je l’ai écouté. Il était très impressionnant. Derrière lui, une tranchée dévastée dans la montagne semblait témoigner de la puissance de mon Totem. J’ai fait encore quelques pas, je me suis posté é ses pieds et je lui ai parlé. Calmé, je suis redescendu et suis rentré chez moi. C’était le milieu de la nuit… Au moment précis où ma main a touché le métal de la clenche de la porte, tous les plombs ont sauté ! (…) »


Extrait de « Le Diable, Robert Johnson et moi » (Récit de voyage) (2004)

« Aéroport de Malaga. Un rideau de pluie s’abat derrière les portes électriques du terminal. Sous les grandes dalles de béton, à l’abri, je regarde la pluie, en direction de là où doit se trouver la mer. Et au delà, l’Afrique. J’ai un sac et ma guitare, six cent euros en poche. (…) »


Extrait de « Voyage » (1997) 

« Logé, nourri, carré au creux du canapé, je la voyais passer sur la terrasse ensoleillée de sud, à poil, encore tiède de la nuit. Elle passait et repassait dédaigneusement brune; sans un regard pour ma pauvre carcasse. Elle me rallumait la fin de ma dernière clope. Trois lattes et sa chatte dans le champ olfactif de mon museau. Elle me retirait le mégot, l’écrasait et venait poser son petit papillon sur ma bouche ensevelie.(…) »


Extrait de « Journal d’un âne » (1994)

« Un jour dans un pré vivait un âne. Cet âne s’en fût de la campagne et la douleur l’atteignit en plein coeur.

Il prit conscience en la ville de sa petite personne, de sa dualité aussi, comme une maladie, cette douleur double et trouble lui colle de peau en peau.

Alors je me regarde. »


Extrait de « La femme dans un hamac » (1992)

« Un costume d’arlequin fait de ficelles et de ciel t’habille au soleil femme-hamac.

Tous ces losanges de peau et ce triangle de soie.

Suspendue, prisonnière de tes chênes dressés et gonflés de sève centenaire,

tu balances ta jambe de l’autre côté du gouffre où ils t’attendent… ma fille. »


Extrait de « Sur le fil » (1991)

«  J’étais d’autant plus libre que j’étais seul.

J’espérais vaguement qu’existât une autre forme de vie qui allait bientôt me rejoindre, mais en vain.

Je ne servais plus à rien, l’infini me guettait, je ne sais combien de temps j’ai attendu vainement.

Il fallait que je me résolve à la fatalité de la chaîne, c’était la fin.

Je me jetais dans le vide, et dans ma chute je m’aperçus qu’en écartant les bras je pouvais voler… »


Extrait de « Chaos » (1990) – Palme Académique du Jeune Écrivain

« Tout était opaque, dans cette nuit infinie. On distinguait à peine les reliefs de la ville qu’il connaissait bien. Éteinte, elle lui apparaissait étonnante et mystérieuse. De son balcon il dominait toute l’étendue de la cité et les rues telles des abîmes insondables. (…) »